« 19 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 119-120], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.710, page consultée le 02 mai 2026.
19 février [1836], vendredi matin, [illis.]
Bonjour mon cher petit homme chéri. Je t’écris dans une très drôle de position, je
suis tout à fait couchée d’abord parce que je ne peux pas me remuer, ensuite parce
que
je suis en transpiration et que je craindrais de me refroidir. Comment vas-tu, toi,
mon cher petit homme, comment va ta gorge ? Moi, j’ai passé une assez bonne nuit grâce
à la transpiration que tu as déterminée et qui dure encore mais j’ai le côté, la
poitrine et le dos plus douloureux qu’hier au point que je ne peux pas me lever sur
mon séant. Ce qui est peu commode pour écrire.
Je pense que tu ne seras pas allé
cette nuit à ce hideux spectacle puisque je ne t’ai pas vu et que tu devais venir
dans
ce cas-là.
Je t’aime toi, je t’aime mon Toto chéri, je t’aime tous les jours
davantage. Je n’ai qu’une pensée, toi, qu’un besoin, toi, [qu’] un
amour, toi.
Je te demande pardon pour l’espèce de griffonnage que je te fais.
Cela te prouve encore mon amour, parce que, souffrante, fiévreuse et jalouse que je
suis, il faut que je t’écrive, que je te parle, que je t’aime et que je te baise.
Bonjour, mon cher petit Toto qui n’êtes pas de l’académie. Je vous aime.
Juliette
« 19 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 121-122], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.710, page consultée le 02 mai 2026.
19 février [1836], vendredi soir, 8 h.
Je t’écris avant d’avoir dîné, mon cher bijou, parce que je m’obstine à vouloir dîner quoique l’impossibilité de le faire me soit à peu près démontrée attendu qu’on ne trouve d’autres huîtres dans le voisinage que le ban de la mairie. Enfin ma conscience sera… Tout ce que je pourrai bien vous dire à ce sujet serait inutile car voici Turlurette triomphante et moi aussi. Le reste au prochain numéro.
19 février, vendredi soir, 8 h. ½
Je ne veux pas vous renarrer la suite et fin de mon dîner, qu’il vous suffise de
savoir que je crois que je vais très bien, et que je me sens capable de tout ce soir. À preuve.
Mon
cher petit Toto chéri, pendant que vous errez, votre joli petit nez au vent et à la
neige, moi, je vous aime de toutes mes forces et je vous plains d’être forcé par la
nécessité de passer votre soirée dehors par le temps qu’il fait tandis que vous seriez
si bien au dedans par l’amour qu’il fait. Si vous êtes bien avisé, mon espiègle, vous
vous réfugierez dans un bon petit endroit bien clos que je tiens tout prêt pour vous.
Je t’adore.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
